Conte de l’Ogrette et sa recette

Il était une jeune ogresse qui vivait au cœur d’un pays qui avait la forme d’une botte bien plus longue que les 2 bottes de 7 lieues mises bout à bout. Vous l’aurez deviné, cette botte, c’est l’Italie.

Cette jeune ogresse avait pour particularité de déroger aux standards véhiculés par les contes et récits légendaires. Contrairement à ses effrayants et repoussants congénères, elle était toute menue et ne consommait pas un gramme de chair fraîche, que celle-ci fût d »> Le sort réservé à ces petits êtres innocents l’émouvait même, au point qu’elle se sentait coupable d’appartenir à cette race de monstres primitifs si vides d’humanité. Cela lui causait beaucoup de tort. Elle était la risée de sa propre caste qui ne pouvait comprendre son penchant pour la verdure qu’ils méprisaient par-dessus tout, pour les œufs non fécondés ou pour les pizzas sans jambon de Parme ou -pire- sans rondelles de fesse de nouveau-né. Sacrilège impardonnable sanctionné par leurs ricaneries mufles et bouffonnes assaisonnées de quelques vannes raclées du fond du gosier baignant dans le jus de gosses. Pouah ! quelle horreur……
Elle souffrait ainsi ces vents de grossièreté en silence. Elle continuait, en bonne femme désireuse d’être aimée de ses pairs, à préparer des plats pour carnassiers et à éplucher des oignons confits à ses larmes de honte, tout en priant chaque jour pour qu’on la délivrât du supplice de la rôtissoire. Pour qu’enfin, on l’aimât avec sa différence. Parfois elle réussissait à sauver quelques mômes imprudents en les remplaçant par des marcassins ou des lièvres, mais ce n’était pas suffisant.
Elle rêvait d’ouvrir un restaurant végétarien tout de bois tressé avec au-dessus de l’entrée une grande enseigne peinte à la main dans un style élégant : « Au bonheur des ogres ». Elle gardait cet espoir ardent en elle ; ça l’aidait à tenir.
Jusqu’au jour où internet a débarqué au fond des bois. Miracle d’une toile d’araignée ! Notre ogrette a pu comme ça publier sa première recette végétarienne sur marmiton.ogre.  Je me souviens être tombé sur cette recette qui m’a intrigué, la toute première qu’elle a publié sous le pseudo : ogre-de-mes-reves. Je m’en souviens très bien de sa « galette de quinoa à la sauge »
Ca donnait quelquechose de ce genre :
Etape n°1 :
Rencontrez le Géant Vert. Epousez-le ou devenez son ami. J’ai personnellement opté pour la première option.
Etape n°2 : Faites pousser du quinoa sur une parcelle de votre jardin, récoltez-en les graines lorsque le quinoa arrive à maturité puis moulez-les avec les moyens du bord… Personnellement, nous ne disposons pas de moulin donc mon mari a dérobé sur le chantier du futur grand centre commercial qui se bâtit à l’orée de notre bois une large dalle de béton sans porosité ainsi qu’un rouleau compresseur de chantier. En déplaçant d’avant en arrière dans un mouvement de poignet continu le rouleau compresseur sur la dalle, vous finissez par obtenir une farine qui, mélangée avec de l’eau et un peu de sel, vous permettra de confectionner de belles et délicieuses galettes, que vous n’avez plus qu’à mettre au four. Si vous n’avez pas de four, n’hésitez pas à construire un four solaire écologique avec les vitres à miroir sans tain destinées à habiller les façades du futur méga-complexe ultra-moderne ultra-tout.
Puis vous vous procurez du dentifrice à la sauge mis au point par un druide agréé ou autre sorcier des bois.
Munissez-vous d’un petit opinel. Le grand couteau de boucher traditionnellement utilisé par ses rustres d’ogres ne vous saura d’aucune utilité pour étaler gentiment la pâte de dentifrice à la sauge sur vos galettes.
Vous pouvez maintenant vous régaler, tout en comblant votre organisme de bienfaits multiples.
Vous garderez par exemple en mangeant ces galettes un émail éclatant et une dentition fortifiée.
A vous amis ogres et ogresses qui vous arc boutez sur vos fâcheuses habitudes alimentaires, cette recette vous aidera à apaiser les troubles gastriques occasionnés par votre incurable voracité.
A vous amis ogres et ogresses qui songez à assouplir -voire à rompre radicalement- votre régime à base d’innocents marmots, la sauge vous aidera en stimulant vos glandes surrénales à éviter la dépression suite à la révolution opérée sur votre bol alimentaire, qui aura fatalement une incidence sur votre métabolisme dans les premiers temps. « 

Voilà. C’était à peu près en ces termes qu’était formulée la recette.

J’ai entendu dire par la suite que l’ogrette et son géant vert avaient conçu… des petits hommes verts, tous plus malins et farfelus les uns que les autres !